Pleine conscience

[Pleine conscience] De la difficulté de pardonner

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Je ne me suis jamais considérée comme une personne rancunière. Quand j’étais jeune, en cas de conflit, je passais très vite à autre chose. Et je faisais partie de ces gens convaincus qu’il est nécessaire de pardonner pour avancer.

Seulement voilà.

La vie m’a rattrapée, avec son lot de trahisons plus ou moins faciles à digérer. Et j’ai découvert que si je reste capable de pardonner des choses assez graves en me mettant à la place de la personne qui m’a fait du mal, je ne supporte pas l’injustice.

Il y a quelques années, l’un de mes proches m’a planté un poignard dans le dos. Il n’avait pas l’intention de me blesser, je crois sincèrement que, sur le moment, il a pris ce qui lui paraissait être la meilleure décision pour lui, et au diable les conséquences. Quand je l’ai découvert, j’ai fait preuve d’empathie et j’ai encaissé du mieux que je pouvais. Je me suis même efforcée de le soutenir et de l’accompagner dans ses choix. Puis, au bout de quelques mois, il m’est apparu que je ne pouvais pas vivre comme ça, et j’ai mis un terme à notre relation.

C’est l’une des clés du pardon « conscient », si je puis dire. Pardonner ne veut pas dire nier ce qui s’est passé, ce n’est pas comme une ardoise que l’on efface ou un compteur que l’on remet à zéro. Pardonner, c’est souvent reconstruire la relation sur de nouvelles bases, plus saines car plus claires. C’est ce que j’ai fait, au début. Mais c’est aussi, parfois, mettre un terme à la relation parce qu’elle n’a plus lieu d’être. Ça ne veut pas dire qu’on a de l’animosité envers la personne. Simplement, ce qui nous liait a disparu, et il vaut mieux, dans ce cas, en prendre acte et s’en aller en souhaitant le meilleur à l’autre.

C’est ce que j’ai fait, en pensant sincèrement, et naïvement peut-être, que ce proche accepterait mon choix. Sauf que ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Il a très mal vécu ma décision et s’est posé en victime en tentant de me faire passer pour la méchante.

Or, comme je vous l’ai dit, je ne supporte pas l’injustice. Et cette réaction était, de mon point de vue, terriblement injuste. Elle a ravivé toute la colère et toute la souffrance liées à cette trahison que j’avais pourtant accepté de pardonner. Et non seulement j’en ai voulu à ce proche, mais je m’en suis voulu à moi d’avoir accepté de revenir vers lui alors qu’il avait trahi ma confiance. Ce qui a impacté un bon nombre de mes autres relations, car je me suis mise à douter du bien-fondé de mes décisions et de la validité de mes choix. Puisque je m’étais plantée à ce point sur une personne, comment pouvais-je me faire confiance vis-à-vis des autres ?

Il m’a fallu du temps pour remonter la pente, et je ne suis pas sûre encore d’être arrivée au bout de mes efforts. Par moments, j’ai l’impression d’avoir enfin réussi à pardonner à cette personne son refus de prendre ses responsabilités. J’ai l’impression aussi de m’être pardonnée et de faire de nouveau confiance à mon discernement et à mon intuition. Mais, parfois, la colère et le ressentiment reviennent en force, et je me rends compte que le travail de lâcher-prise n’est pas encore tout à fait terminé. Mais j’ai compris à présent que ces choses-là prennent du temps et que « je te pardonne » n’est ni un mantra, ni une formule magique. Il ne suffit pas de le dire ou de le penser pour pardonner vraiment.

Quels sont les outils alors qui m’ont permis d’avancer sur le chemin du pardon ?

D’abord, il a fallu que je prenne conscience que j’avais envie de me libérer de cette situation. Cette prise de conscience a immédiatement été suivie d’une deuxième découverte : je n’étais pas prête à lâcher mon ressentiment, le sentiment d’injustice était trop grand, à ce moment-là, je n’étais pas prête à passer au-delà.

J’ai attendu.

Puis je suis tombée sur un site expliquant la technique des bonhommes allumettes. J’ai trouvé que c’était une bonne idée pour rompre les liens énergétiques qui me rattachaient encore à cet ancien proche. Après cela, je me suis sentie un peu mieux.

Dans le même esprit, j’ai pris une grande feuille de papier Canson noir, j’ai écrit dessus tout ce que je ressentais et j’ai collé plein de photos sur lesquelles j’apparaissais avec cette personne. Bien sûr, l’idée, c’était de brûler ce collage pour poursuivre la libération énergétique, mais je n’étais pas encore prête à le faire. Il m’a fallu près d’un an pour finalement mettre le feu à ce papier. Oui, ces choses-là prennent du temps, et il faut savoir être patient, surtout envers soi-même.

Le fait de brûler le collage m’a fait beaucoup de bien, j’ai eu l’impression de faire un grand pas en avant. Je me suis même dit que c’était fini, que j’avais enfin réussi à pardonner et que j’étais libérée.

Mais il m’arrive encore d’éprouver des bouffées de colère vis-à-vis de cette personne et même vis-à-vis de moi. C’est là que la PNL et la méditation ont fini par entrer en jeu. La méditation permet de prendre du recul et la PNL aide à envisager la situation sous tous les angles et à se mettre à la place de l’autre, tout en s’observant soi-même, comme si on était spectateur plutôt qu’acteur de l’événement. Cela m’a permis de revivre tout ce qui m’avait blessée et de prendre mes distances par rapport à cette colère. Je sais maintenant que j’ai vraiment fait de mon mieux sur le moment et que je n’ai pas à juger si durement les choix que j’ai faits à l’époque. Je suis à nouveau capable de voir pourquoi j’ai pris ces décisions et de me rappeler pourquoi j’avais décidé de pardonner à ce proche. Je suis capable de voir qu’il n’y a pas de méchants dans cette histoire, juste deux individus qui ont souffert. Et je ne doute pas de trouver un jour suffisamment de sérénité en moi pour dire à cette personne, en toute sincérité : « Je te pardonne. »

Mais si je tenais à vous faire part de cette expérience, c’est pour vous montrer à quel point le processus peut être long. Si vous êtes comme moi, si vous aimeriez pardonner certaines choses sans forcément y arriver, ne vous le reprochez pas. Sachez que cela prend du temps, et que vous avez le droit de ressentir tout ce que vous ressentez, que ce soit la colère, la rancœur ou même la haine. Est-ce que vous vous sentirez mieux une fois que vous aurez pardonné ? Oui, bien sûr, mais le pardon n’a rien d’automatique, ça demande parfois de faire un long et douloureux travail dans sa tête. Heureusement, il existe des outils pour vous y aider. J’ai trouvé les miens, et j’espère que vous trouverez les vôtres.

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Illustrations trouvées sur Pinterest.

 

13 commentaires sur “[Pleine conscience] De la difficulté de pardonner

  1. Quel bel article Isa…quelle sagesse tu as su tirer de cette expérience difficile…c’est fort…je crois pour ma part qu’on ne peut pas pardonner sans se transformer, évoluer..mais çà rejoint totalement ton point de vue il me semble…merci pour ce partage, bises !

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    1. Je pense que tu as raison, pardonner, c’est passer au-delà de la souffrance, donc c’est grandir. Mais bon sang ce que ça peut être difficile parfois ! Merci à toi, bisous !

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  2. Ça me parle tellement ! J’a aussi dans une ma vie une relation en particulier, avec une personne particulière qui me pèse encore aujourd’hui. Tout ce que tu as écris sur la colère, le sentiment d’injustice, etc, je pourrais l’écrire moi-même. Pour l’instant, je sais que je ne suis pas encore prête à lui pardonner. Par contre, je me suis pardonnée de ne pas être prête à franchir ce pas ;-). Mais c’est clair que j’aimerais vraiment me débarrasser de ça. Les bonhommes allumettes m’ont aidée, tout comme l’hypnose m’a aidée au tout début. Là j’espère réussir à entamer un travail sur ce point-là en particulier, avec le nouveau psy qui me suit.

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    1. Se pardonner à soi-même de ne pas être prête à franchir le pas, comme tu dis, c’est déjà tellement important ! Je te souhaite plus de paix et de sérénité et j’espère que le travail que tu vas commencer va t’aider à te libérer davantage. Je t’embrasse ❤

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  3. J’aurais beaucoup à dire sur ce sujet vu que c’est ce que je vis précisément en ce moment. Ce que je comprends aujourd’hui mais le travail est loin d’être terminé, c’est que j’ai confondu le fait de vouloir me réconcilier avec l’autre ( ou pardonner ) et l’excuser. J’ai cru qu’en excusant ces actes qui m’ont fait beaucoup souffrir, en comprenant son histoire et tout, et tout, j’étais entrain d’aller dans le sens d’une réconciliation. En réalité, on ne peut pas forcer l’autre à se réconcilier, la seule chose que l’on puisse faire, c’est en effet, se réconcilier et se pardonner à soi-même. Dans cette histoire et 10 ans plus tard, je me rends compte que j’étais seul à vouloir aller dans ce sens, que l’autre a continué son chemin d’irrespect et d’embrouille envers moi et je découvre en effet que j’aurais du couper la relation et faire un travail sur moi pour ne plus jamais rencontrer ce type de personnage toxique qui quand tu lui tends la main, te bouffe le bras. Ton article me parle beaucoup dans le sens de comment faire pour couper les liens énergétique qui me lie à lui et entreprendre une vraie réconciliation avec moi-même. Je sens que ce n’est pas gagné et j’en suis à ressentir encore beaucoup de ressentiment envers lui, j’ai l’impression de m’ être fait berné depuis tant d’année, d’avoir été la conne de service de laquelle on se sert sans scrupule. je sais que le ressentiment ne me sert pas au contraire mais je ne veux en aucun cas retomber dans la compréhension ‘ naïve  » de l’autre et de son histoire genre  » oui mais tu comprends ceci cela  » et je ne supporte pas les propos des gens qui voudraient me faire aller dans ce sens. Non, je ne comprends plus rien et je ne veux plus rien comprendre. Sa vie et ses problèmes ne peuvent en aucun cas être une justification a ses actes et pour ma part ma question est pourquoi j’ai excusé, qu’est-ce qui à l’intérieur de moi à préféré aller dans ce sens plutôt que dans celui de couper cette relation comme tu le dis et faire mon travail sur moi. Merci pour les pistes que tu nous donnes.

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    1. Je ne sais pas si tu lis l’anglais, au cas où, je te mets le lien vers un article où l’auteure, très calée en développement personnel, explique comment elle a très mal réagi quand quelqu’un lui a dit qu’elle devrait pardonner à son ex-mari. Et cette personne lui a répondu, en substance, que pardonner n’était pas excuser, et ce n’était pas non plus tendre l’autre joue ou rouvrir grand les bras à la personne, bien au contraire. C’est le premier article qui m’a fait comprendre que le pardon n’a rien à voir avec la grandeur d’âme et que, s’il est bénéfique pour les deux personnes concernées, il est surtout bénéfique pour la personne qui pardonne car elle se libère de l’emprise de l’autre :
      http://www.daniellelaporte.com/are-you-ready-to-forgive/
      Tu as raison de mettre en place des limites pour te protéger et tu as raison de ne pas écouter ceux qui voudraient que tu excuses un comportement qui te fait souffrir. Si je peux me permettre, non, tu n’es pas conne, tu as juste bon coeur, ce n’est pas à toi d’avoir honte de t’être fait berner, mais à cette personne d’avoir honte d’avoir profité de ta gentillesse.
      Je te souhaite de trouver la paix et je t’embrasse.

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  4. Merci Isa de ta réponse attentive. Je vais avoir du mal à lire l’anglais mais je vais essayer car le sujet est vraiment de toute importance pour moi. Je cherche une position juste qui serait ni du coté du ressentiment ou de la vengeance, ni de l’excuse ou du pardon « naïf » et j’essaye en vain d’écrire un article sur le sujet depuis un moment mais ça ne sort pas pour l’instant… Bises

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    1. Cathy, j’espère que tu trouveras le positionnement qui te convient. Cela va venir, sois patiente avec toi-même ❤
      Anickanouck, merci pour la recommandation, j’irai jeter un coup d’oeil !

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  5. Pour pardonner, il faut parfois d’abord émettre clairement le reproche, être capable de dire, d’exprimer sa blessure et je trouve personnellement que c’est très difficile. Toujours ce même problème de limite, de self respect…. Une fois que le reproche est énoncé = la réaction de l’autre peut aussi influencer grandement le processus de pardon.
    Bref, c’est un sujet qui me tarabiscote, me turlupine et dans lequel je n’excelle vraiment pas mais que je ne devrais pas systématiquement occulter au risque de trimballer encore longtemps de trop lourdes valises.

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    1. Clairement, la réaction de l’autre influence le processus de pardon, je suis entièrement d’accord avec toi. Mais peut-être aussi que tu n’es pas encore prête à les poser, ces valises, ou à les alléger. En PNL, on étudie les raisons qui nous poussent à ne pas faire certaines choses qui, pourtant, nos soulageraient. Peut-être qu’il y a une piste à creuser de ce côté-là ? (J’ai bien envie de me pencher sur la question, en tout cas.)
      Plein de bisous ❤

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