Culture

[Lecture] Toni Morrison – The Bluest Eye

15 Toni Morrison - The Bluest Eye

L’écriture de Toni Morrison est si belle qu’elle vous briserait le cœur même si elle ne servait pas à vous raconter une histoire extrêmement triste. Car oui, l’histoire de Pecola, cette petite fille noire qui croit que sa vie serait tellement mieux si elle avait les yeux bleus, est déchirante. Cela étant, elle m’a permis de mieux comprendre ce test où on demande à des enfants de couleur de désigner, parmi plusieurs poupées, la plus jolie. La vidéo est terrible parce que presque tous montrent du doigt la poupée blanche et blonde aux yeux bleus.

Le roman m’a aussi permis de mieux appréhender cette violence silencieuse qui étouffe les personnes de couleur aussi sûrement que le genou d’un homme blanc appuyant sur leur cou. C’est cette violence intériorisée qui naît de la croyance que, dans un monde fait pour et par l’homme blanc, les personnes de couleur sont inférieures. Toni Morrison a publié The Bluest Eye en 1970, mais comme le chante  Ben Harper dans « Like A King », « if you catch yourself thinking it has changed for the best, you’d better second guess. » (« Si tu crois que la situation s’est améliorée, tu te trompes. ») Cette chanson, qui parle de Rodney King, est sortie en 1994 mais reste toujours d’actualité…

Comme je l’ai dit, l’écriture est splendide. Pas étonnant que Toni Morrison ait reçu le Prix Nobel de littérature en 1993. C’est sans doute l’une des meilleures écrivaines que j’ai jamais lues. Mais j’ai eu bien du mal à arriver au bout du roman face à tant de désespoir (ce qui est voulu, je suppose. Personne ne devrait sortir indemne d’une telle lecture.) A un moment, j’ai vraiment eu envie d’abandonner et de chasser l’histoire de Pecola de mon esprit. Mais je ne l’ai pas fait. En tant que lecteur ou lectrice, on ne peut pas tenir la main de cette petite fille pour l’aider à traverser toutes ces épreuves, mais on peut au moins être témoin de sa douleur. Quand le reste du monde l’abandonne, on peut au moins l’accompagner jusqu’à la fin, jusqu’aux dernier mots, que je me permets de citer ici car ils ne dévoilent pas l’intrigue (je vous assure) : « The soil is bad for certain kinds of flowers. Certain seeds it will not nurture, certain fruit it will not bear, and when the land kills of it own volition, we acquiesce and say the victim had no right to live. We are wrong, of course, but it doesn’t matter. It’s too late. » (« La terre est mauvaise pour certains types de fleurs. Elle refuse de laisser pousser certaines graines ou de porter certains fruits. Or, quand la terre tue de sa propre initiative, nous acquiesçons en disant que la victime n’avait pas le droit de vivre. Nous avons tort, bien sûr, mais peu importe. Il est trop tard. »)

4 commentaires sur “[Lecture] Toni Morrison – The Bluest Eye

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