Culture

[Throwback Thursday] Guy Gavriel Kay – Les Lions d’Al-Rassan (aka mon roman préféré de tous les temps)

Mon amie Agnès me confiait en début de semaine avoir envie de lire « un beau et gros roman à l’histoire bien ficelée », et j’ai eu l’idée d’aller rechercher cette chronique littéraire, l’une des toutes premières sur mon ancien blog, afin de lui présenter le roman pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre à l’âge de 19 ans, coup de foudre qui ne s’est jamais démenti depuis (quoique Hamnet n’arrive pas loin derrière dans mon top 3 des lectures qui m’ont marquée).

Si l’on me demandait de citer la plus belle histoire d’amour que j’ai jamais lue, je répondrais sans hésiter Les Lions d’Al-Rassan. Mais ce ne serait pas faire honneur à ce magnifique roman que de le réduire à cela. C’est aussi une histoire de choix, de sacrifices et de ponts que l’on jette par-dessus les clivages et les différences. C’est une histoire d’amour et d’amitié impossible entre deux hommes et une femme que la religion, l’histoire et la politique voudraient séparer. C’est une histoire de respect et de tolérance en butte au fanatisme et à l’ambition. C’est une histoire humaine, tout simplement.

Pour ceux qui, parmi vous, ne lisent jamais de Fantasy, je dirais ceci : la Fantasy, ici, est un voile pudiquement jeté sur un vrai contexte historique, celui de la reconquête de l’Espagne arabe par les rois catholiques. Point de magie, à moins que l’on puisse qualifier comme telle la délicate alchimie des sentiments. Guy Gavriel Kay est, de mon point de vue, le maître incontesté du para-historique. Il prend une époque et un lieu donnés (l’Italie de la Renaissance dans Tigane, la France des troubadours dans Une chanson d’Arbonne) et se les approprie tout en laissant à son lecteur suffisamment de repères pour identifier de quoi il est question. Ici, il nous emmène donc en Espagne (rebaptisée Espéragne dans le roman), à la fin du califat de Cordoue qui voit s’affaiblir le pouvoir arabe dans la péninsule jusqu’à la prise de Grenade en 1492. Pour comprendre le roman, il est important de rappeler qu’avant cet effondrement, au sein d’Al-Andalus, musulmans (les asharites dans le roman), chrétiens (jaddites) et juifs (kindaths) cohabitaient tous ensemble tant bien que mal (alors qu’après sa victoire à Grenade, la reine Isabelle la Catholique chassera tous les Juifs d’Espagne).

Depuis l’assassinat, quinze ans auparavant, du dernier khalife, l’empire d’Al-Rassan est éclaté en cités-états rivales. Dans ce climat troublé, la discorde règne, et inlassablement se querellent asharites, adorateurs des étoiles d’Ashar, kindaths et jaddites, les fils du Dieu-soleil Jad. Il est cependant une menace plus grande encore qui pèse sur le royaume : dans le Nord, les anciens monarques d’Espéragne semblent s’organiser pour lancer une guerre sainte de reconquête. C’est dans ce contexte instable que trois destinées d’exception vont se croiser. Trois êtres que tout oppose : Rodrigo Belmonte, le prestigieux chef de guerre jaddite, Jehane brillant médecin kindath, et Ammar Ibn Khairan, le poète asharite, celui-là même qui jadis assassina le khalife… 

Si cette histoire est aussi poignante, c’est que c’est aussi la chronique de la fin d’un monde. A travers les trajectoires individuelles de Rodrigo, de Jehane et d’Ammar (et d’une très belle galerie de personnages secondaires), on assiste impuissant à la chute de cet empire certes décadent, mais qui vit s’épanouir les arts et les sciences. (La richesse culturelle de la véritable Al-Andalus est d’ailleurs magnifiquement évoquée à travers le personnage d’Ammar, le poète assassin.) On aurait tellement envie que tout ce petit monde réussisse à s’entendre ! Mais les empires vivent et meurent comme les hommes, dans le sang et les larmes, et leur destin parfois leur échappe comme du sable qui coule entre les doigts. Malgré leur amour, leur amitié et leur respect mutuels, Rodrigo, Jehane et Ammar, réunis par le sort au début du roman, ne pourront pas combler le fossé creusé par leurs peuples en guerre. Ils ne pourront que subir les événements jusqu’à l’affrontement final, inéluctable. 

Que vous soyez ou non amateurs de Fantasy ou de romans historiques, si vous aimez les récits poignants avec des personnages particulièrement attachants, alors vous ne resterez pas insensibles à la lecture des Lions d’Al-Rassan. C’est un très, très grand roman.

10 commentaires sur “[Throwback Thursday] Guy Gavriel Kay – Les Lions d’Al-Rassan (aka mon roman préféré de tous les temps)

  1. Bonjour Isa! Je t’imagine en train de lire ce livre, tu transmets bien ta passion pour lui! Sais-tu que ma famille est originaire d’Andalousie? Tu sais, de ce petit patelin perdu près d’Almeria que l’on voit dans Game of Thrones! C’est une période qui me fascine.
    Je suis en train de lire Notre-Dame de Paris de Victor Hugo… Franchement c’est de la Fantasy fantastique et pleine de fantaisie. C’est magnifique et drôle et brillant.
    C’est formidable d’avoir lu des livres passionnants à un jeune âge, cela ouvre tant l’esprit! Je t’embrasse très fort et j’espère que le moral est au beau fixe! Et s’il l’est qu’il dure longtemps ainsi. S’il ne l’est pas? Every cloud has a silver lining, tu le sais!

    Aimé par 1 personne

    1. Notre-Dame de Paris, je l’ai lu il y a longtemps, je me souviens que j’avais bien aimé ! Le moral va un peu mieux, curieusement, c’est la pluie qui l’aide à se sentir plus apaisé 😉

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