Culture

[Lecture] Madeline Miller – Le Chant d’Achille

Les lectures d'Isa Pernot The Song of Achilles Le Chant d'Achille Madeline Miller Mythologie grecque Greek myths La guerre de Troie

Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu’Achille est solaire, puissant, promis par sa déesse de mère à la gloire des immortels. En grandissant côte à côte, l’amitié surgit entre ces deux êtres si dissemblables. Indéfectible. Quand, à l’appel du roi Agamemnon, les deux jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l’un et la colère de l’autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre… Au risque de faire mentir l’Olympe et ses oracles.

Madeline Miller est une conteuse née, une magicienne des mots qui arrive à dépoussiérer les mythes et à créer du suspense là où il ne devrait pas y en avoir puisque, pour peu qu’on se soit intéressé.e à l’Iliade (ou qu’on se soit infligé l’infâme Troie de Wolfgang Petersen au cinéma), on sait tou.te.s comment l’histoire d’Achille et Patrocle se termine. C’est d’ailleurs toute la force des tragédies grecques ou shakespeariennes : on sait que ça va mal finir, mais l’important c’est de raconter pourquoi. Spoiler alert : n’allez pas chercher plus loin que la bêtise humaine ou divine, les dieux grecs ayant ceci d’intéressant qu’ils incarnent toutes les qualités et tous les défauts humains puissance mille. J’ai d’ailleurs souri en recevant un message d’Audrey, avec qui j’ai lu ce livre cette semaine, qui s’énervait contre Achille après un passage où Aristos Achaion, le meilleur des Grecs, ne montre pas le meilleur de lui-même, bien au contraire. (Encore une fois, si vous connaissez le mythe, vous-mêmes vous savez.)

Cela étant, malgré cette magie des mots qui m’a d’abord subjuguée au début du roman où il ne se passe pourtant pas grand-chose, puis tenue en haleine dans le dernier tiers quand tout s’accélère, Le Chant d’Achille n’est pas exempt de défauts. L’histoire nous est contée par Patrocle, et il est dans sa nature de s’effacer pour mieux faire rayonner Achille ; mais j’avoue qu’au milieu de ma lecture, je me suis brusquement demandé ce qu’Achille lui trouvait, tellement son rôle de narrateur le rend transparent. Heureusement, ça s’améliore dans la deuxième partie, où l’on voit davantage briller ses qualités, notamment sa sagesse et sa passion. D’ailleurs, c’est amusant parce qu’à ce moment-là, c’est l’inverse qui se produit et on commence à se demander ce qu’il trouve à un Achille orgueilleux, boudeur et capricieux.

Il n’empêche que les personnages secondaires m’ont plus marquée et intéressée que nos deux héros : Chiron, d’abord, le sage centaure, Briséis ensuite, sa force et sa dignité, et Ulysse bien sûr, le renard rusé qui s’efforce aussi de faire preuve de décence et de compassion, une figure complexe qui joue également un rôle très important dans Circé. J’ai également relevé une incohérence qui m’a gênée, et tous ces (petits) détails font que je n’ai mis que quatre étoiles sur cinq à ce roman. Pour autant, je ne boude pas mon plaisir car j’ai passé un très bon moment de lecture et j’ai apprécié le twist final qui m’a presque donné envie de relire immédiatement le livre à la lumière de ce que je venais d’apprendre.

En conclusion, je dirais que Le Chant d’Achille est un excellent premier roman qui, malgré ses (légers) défauts, met en lumière l’indéniable talent de son autrice et ouvre la voie au génial Circé. (Je vous recommande d’ailleurs de les lire dans l’ordre chronologique, contrairement à moi, ne serait-ce que pour la continuité au niveau de l’histoire d’Ulysse.) Et je remercie Audrey d’avoir partagé cette lecture avec moi, nos échanges l’ayant rendue encore plus intéressante !

Cette lecture me permet de valider la catégorie « Chante-moi une chanson, Sassenach » dans le menu « Automne douceur de vivre » du Pumpkin Autumn Challenge 2022. Avec Le Chant d’Achille, je coche en effet la case « mythe et légende ».

6 commentaires sur “[Lecture] Madeline Miller – Le Chant d’Achille

  1. Encore merci pour cette chouette lecture commune 🙂
    Je te rejoins complètement sur l’inversion entre Achille et Patrocle même si j’avoue m’être rapidement attachée à ce dernier. Je suis un peu plus réservée sur Ulysse que j’ai trouvé un peu trop fourbe pour moi…
    Ton avis et ton message sur Instagram me donnent vraiment envie de sortir Circé de ma PAL !

    Aimé par 1 personne

    1. Je crois qu’Ulysse s’efforce de faire ce qu’il y a de mieux pour tout le monde, mais sans trop se mettre en danger. A cet égard, Achille est plus courageux puisqu’il n’hésite pas à confronter Agamemnon, même si, après il s’entête par orgueil, avec les conséquences que l’on sait. Je ne dirais pas qu’Ulysse est quelqu’un de juste ou de droit, mais je le trouve plus décent que les autres rois.
      (Et c’est vraiment chouette de pouvoir échanger comme ça sur ce roman !)

      Aimé par 1 personne

    1. Il ne faut pas 😉 Parce que c’est mon métier, je suis bien placée pour savoir que toute traduction est un filtre. Or, je préfère ne pas avoir de filtre entre moi et les mots d’un.e auteur.ice, je privilégie donc la VO dans la mesure du possible (quand il s’agit d’un texte en anglais).

      Aimé par 1 personne

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